Prune Nourry

Visionnaires, carte blanche à Prune Nourry

Du 20 octobre 2026 au 24 janvier 2027, le Petit Palais invite Prune Nourry à investir l’ensemble du musée pour mettre en lumière, dans son exposition « Visionnaires », des femmes sculptrices méconnues ou oubliées par l’Histoire de l’art.

Prune Nourry sculptant dans son atelier
Prune Nourry sculptant dans son atelier. Crédit photographe : Elea Jeanne Schmitter © Adagp, Paris 2026
Prune Nourry, Jane Poupelet, Bronze (white patina) and marble eyes, 2025.
Jane Poupelet, Bronze (patine blanche) et yeux en marbre, 2025 © Laurent Edeline

À la demande de l’artiste, trois historiennes de l’art ont mené des recherches pendant un an afin de rassembler les écrits et les portraits photographiques de dix-huit sculptrices de la fin du XIXe et du début du XXe. Parmi elles, figurent Käthe Kollwitz, Nancy Elizabeth Prophet, Hélène Bertaux, Jane Poupelet, Consuelo de Saint-Exupéry, Selma Hortense Burke, Daria Gamsaragan ou encore Sarah Bernhardt. Inspirée par la qualité artistique de leurs œuvres et la force de leur engagement, Prune Nourry  a  sculpté  le  portrait  de  ces  dix-huit  femmes « visionnaires ». Prune Nourry rend ainsi visible la place des femmes comme créatrices.

L’exposition se déploie dans l’ensemble des collections du Petit Palais, de l’esplanade extérieure du musée jusque dans le jardin.

Sur le parvis, Mothership, figure hybride entre une femme enceinte et la coque d’un bateau en métal rouillé, introduit l’exposition. De la galerie des sculptures au Pavillon nord, les dix-huit nouveaux portraits créés pour le Petit Palais ravivent la mémoire de sculptrices du passé. Prune Nourry prolonge le parcours en faisant dialoguer en regard des collections permanentes, une vingtaine de ses œuvres précédentes, des Holy Daughters aux Vénus.

À la manière d’un jeu de piste, les visiteurs partent à la découverte des yeux en marbre blanc aux pupilles noires incrustés dans les bustes en plâtre de Prune Nourry comme dans les socles des œuvres du Petit Palais, créant un dialogue visuel entre les deux. Ces yeux de pierre, inspirés de la statuaire polychrome du Petit Palais, invitent à un regard croisé sur les différentes époques présentes dans le musée, de l’antiquité à nos jours.

L’artiste choisit le plâtre, comme matériau principal, en écho à la collection du musée dont près de 70% des sculptures sont des “plâtres d’atelier”. Ces tirages n’étaient pas destinés aux musées et pourtant, ils ont traversé le temps là où les versions en bronze ont été détruites. Prune Nourry joue également avec l’échelle : ses nouveaux bustes s’échelonnent de 70 cm à 3,50 m de hauteur, tandis que ses œuvres antérieures vont de 20 cm à 27 m de longueur, faisant de l’exposition un espace où le corps féminin se déploie dans toutes ses dimensions.

Dans le monde de l’art, les femmes ont longtemps été cantonnées à des rôles de modèles ou de muses, réduites à des corps scrutés par un regard masculin. Leur disparition des récits institutionnels et de la sculpture en particulier, ne tient pas à une absence d’œuvres mais à un effacement structurel. Freinées par les normes sociales et un accès limité à la formation, elles ont dû s’imposer dans un milieu dominé par des figures masculines. La collection du Petit Palais en porte la trace : omniprésentes comme sujets, corps modèles, idéalisés, allégorisés, les femmes y demeurent largement absentes comme créatrices. Sur l’ensemble des œuvres de la collection, à peine 4 % ont été réalisées par des artistes, dont seulement 4 sculptrices représentées. L’exposition est l’occasion de valoriser leurs œuvres en regard de leurs portraits.

Les sculptrices de la fin du XIXe et du début du XXe siècle constituent ainsi une génération pionnière. Visionnaires, elles ouvrent la voie. Pourtant, malgré l’essor de la photographie, leurs visages demeurent difficiles à se représenter. Prune Nourry s’inscrit dans cette généalogie vivante. Elle prolonge l’héritage de ces sculptrices en leur redonnant visibilité et affirme, par sa pratique comme par sa démarche de transmission, son engagement en faveur de la reconnaissance des femmes dans l’histoire de la sculpture.

L’artiste

Née en 1985 à Paris, Prune Nourry vit et travaille à New York. L’artiste s’intéresse aux champs de la science et de l’anthropologie, et plus particulièrement aux questions bioéthiques liées à la sélection des genres et aux évolutions artificielles de l’humain, à travers une pratique qui associe sculpture, installation, performances et vidéo. Ces dernières années, l’artiste s’est faite connaître par ses projets au long cours, comme celui qui a vu son armée de Terracotta Daughters, inspirée des guerriers de terre-cuite de Xi’an, parcourir le monde entre 2013 et 2015, de Paris à la Chine continentale en passant par Zurich, New York et Mexico.

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