
Visionnaires – carte blanche à Prune Nourry – Petit Palais, Paris
Du 20 octobre 2026 au 24 janvier 2027, le Petit Palais invite Prune Nourry à investir l’ensemble du musée pour mettre en lumière, dans son exposition « Visionnaires », des femmes sculptrices méconnues ou oubliées par l’Histoire de l’art.


À l’invitation du Petit Palais, Prune Nourry met en lumière des sculptrices méconnues ou oubliées dans l’exposition « Visionnaires ».
Malgré des contraintes sociales et un accès limité aux formations artistiques, ces pionnières sont parvenues à s’imposer dans un milieu majoritairement masculin. Longtemps, les femmes sont restées dans l’histoire de l’art comme modèles ou muses, tandis que leur rôle de créatrices était relégué au second plan. La collection du Petit Palais en témoigne : à peine quatre pour cent des oeuvres conservées ont été réalisées par des femmes.
De la galerie des sculptures au jardin, les dix-huit portraits créés par Prune Nourry pour les espaces du Petit Palais ravivent la mémoire de sculptrices de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. À la demande de l’artiste, trois historiennes de l’art ont rassemblé les écrits et les portraits photographiques de sculptrices ayant vécu ou travaillé à Paris, capitale artistique et cosmopolite. Parmi elles figurent Sarah Bernhardt, mais aussi Hélène Bertaux, Selma Hortense Burke, Daria Gamsaragan, Käthe Kollwitz, Jane Poupelet, ou encore Nancy Elizabeth Prophet, Consuelo de Saint-Exupéry et Wang Jingyuan.
Inspirée par la puissance de leurs créations et la force de leur engagement, Prune Nourry met à l’honneur leur parcours à travers des portraits monumentaux dont le style synthétique affirme la puissance. En écho à la collection de sculptures du Petit Palais dont soixante-dix pour cent sont en plâtre, l’artiste choisit ce matériau pour la réalisation de ces bustes inédits. Chacune des visionnaires possède des yeux en marbre inspirés de la statuaire polychrome du Petit Palais. Le parcours se prolonge à travers un dialogue entre les collections du musée et des oeuvres préexistantes de Prune Nourry. À la manière d’un jeu de piste, les visiteurs poursuivent leur visite en suivant les yeux incrustés dans les socles des oeuvres du musée, placées en regard de celles de l’artiste.
À travers son oeuvre, Prune Nourry nous invite à adopter une autre perspective, à changer de point de vue. Elle continue ainsi son travail en faveur de la visibilité et de la reconnaissance des femmes dans l’histoire de la sculpture.

L’exposition se déploie dans l’ensemble des collections du Petit Palais, de l’esplanade extérieure du musée jusque dans le jardin. Sur le parvis, Mothership, figure hybride entre une femme enceinte et la coque d’un bateau en métal rouillé, introduit l’exposition. De la galerie des sculptures au Pavillon nord, les dix-huit nouveaux portraits créés pour le Petit Palais ravivent la mémoire de ces sculptrices du passé. Prune Nourry prolonge le parcours en faisant dialoguer en regard des collections permanentes, une vingtaine de ses oeuvres précédentes, des Holy Daughters aux Vénus.
À la manière d’un jeu de piste, les visiteurs partent à la découverte des yeux en marbre blanc aux pupilles noires incrustés dans les bustes en plâtre de Prune Nourry comme dans les socles des oeuvres du Petit Palais, créant un dialogue visuel entre les deux. Ces yeux de pierre, inspirés de la statuaire polychrome du Petit Palais, invitent à un regard croisé sur les différentes époques présentes dans le musée, de l’antiquité à nos jours.
L’artiste choisit le plâtre, comme matériau principal, en écho à la collection du musée dont près de 70% des sculptures sont des “plâtres d’atelier”. Ces sculptures en plâtre étaient conçues comme des étapes intermédiaires dans l’élaboration des versions définitives, généralement réalisées en bronze. Lorsque l’oeuvre finale a disparu, le plâtre peut constituer l’unique témoignage, préservant la trace d’une oeuvre et de son processus de création.
Prune Nourry joue également sur l’échelle de ses sculptures. De dimensions variant de 70 cm à 3,50 m de hauteur, ses nouveaux bustes redonnent une place aux sculptrices dans l’espace du musée. En regard, les oeuvres antérieures de Prune Nourry, dont les dimensions allant de 20 cm à 17 m de longueur, composent un ensemble où le corps féminin se déploie dans une grande diversité d’échelles.
Dans le monde de l’art, les femmes ont longtemps été cantonnées à des rôles de modèles ou de muses, réduites à des corps scrutés par un regard masculin. Leur disparition des récits institutionnels et de la sculpture en particulier, ne tient pas à une absence d’oeuvres mais à un effacement structurel. Freinées par les normes sociales et un accès limité à la formation, elles ont dû s’imposer dans un milieu dominé par des figures masculines. La collection du Petit Palais en porte la trace : omniprésentes comme sujets, corps modèles, idéalisés, allégorisés, les femmes y demeurent largement absentes comme créatrices. Sur l’ensemble des oeuvres de la collection, à peine 4 % ont été réalisées par des artistes, dont seulement 4 sculptrices représentées. L’exposition est l’occasion de valoriser leur oeuvre en regard de leurs portraits.
Les sculptrices de la fin du XIXe et du début du XXe siècle constituent ainsi une génération pionnière. Visionnaires, elles ouvrent la voie. Pourtant, malgré l’essor de la photographie, leurs visages restent largement absents des représentations visuelles et de la mémoire collective. Prune Nourry prolonge l’héritage de ces sculptrices en leur redonnant visibilité et affirme, par sa pratique comme par sa démarche de transmission, son engagement en faveur de la reconnaissance des femmes dans l’histoire de la sculpture.

Née en 1985 à Paris, Prune Nourry vit et travaille à New York. L’artiste s’intéresse aux champs de la science et de l’anthropologie, et plus particulièrement aux questions bioéthiques liées à la sélection des genres et aux évolutions artificielles de l’humain, à travers une pratique qui associe sculpture, installation, performances et vidéo. Ces dernières années, l’artiste s’est faite connaître par ses projets au long cours, comme celui qui a vu son armée de Terracotta Daughters, inspirée des guerriers de terre-cuite de Xi’an, parcourir le monde entre 2013 et 2015, de Paris à la Chine continentale en passant par Zurich, New York et Mexico.