Gregory Crewdson The Departure , 2021-2022 Tirage numérique pigmentaire monté sur Dibond Digital pigment print mounted to Dibond 87,5 × 117 cm

Gregory Crewdson

Eveningside

Dans le prolongement de son exposition au Musée de la Photographie de Charleroi (Belgique), Gregory Crewdson présente pour la première fois à la galerie TEMPLON Bruxelles, Eveningside, sa dernière série en noir et blanc, réalisée entre 2021 et 2022.

Gregory Crewdson Madeline's Beauty Salon , 2021-2022 Tirage numérique pigmentaire monté sur Dibond Digital pigment print mounted to Dibond 87,5 × 117 cm — 34 1/2 × 46 in.

Troisième et ultime chapitre d’une trilogie amorcée en 2012, cet ensemble de dix-huit photographies fascine par sa précision saisissante et son atmosphère crépusculaire empreinte de mystère. Figure majeure de la photographie plasticienne contemporaine, Gregory Crewdson développe depuis plus de trente ans un langage visuel immédiatement reconnaissable, où chaque image naît d’un processus de production d’une rare exigence : élaboration de storyboards, direction d’acteurs, construction minutieuse de décors, déploiement d’équipes techniques, recours aux effets spéciaux et mise en oeuvre d’un dispositif d’éclairage sophistiqué.

Portrait fictif d’une Amérique entre deux âges, les scènes campent des personnages solitaires, comme figés dans leurs activités quotidiennes, mais dont la signification échappe au spectateur. Au sein de paysages suburbains, ces figures sont souvent saisies à travers un jeu complexe de miroirs, de devantures de magasins, ou de lieux de passage : ponts, porches, superette ou quincaillerie. Jouant avec virtuosité d’un ensemble d’effets spéciaux (brouillard, fumée, projecteurs, pluie artificielle), sa palette en noir et blanc déploie des atmosphères faussement familières et inquiétantes, convoquant aussi bien le cinéma classique et le film noir que la photographie documentaire américaine des années 1930 ou la peinture réaliste d’Edward Hopper.

Eveningside se distingue par un format légèrement différent du panoramique habituel, instaurant une relation plus intime avec les images et accentuant la proximité avec les personnages. La série se singularise également par une portée sociopolitique affirmée : les figures évoluent dans des paysages marqués par le déclin économique et l’urgence écologique, prises dans un entre-deux fragile, entre vulnérabilité de la condition humaine et paradoxes du rêve américain. Jamais didactique, Gregory Crewdson laisse au spectateur toute liberté pour imaginer les histoires cachées sous la surface et rêver d’autres possibles.

L’oeuvre de Crewdson engage également une réflexion sur l’essence même du médium photographique. La mise en scène minutieuse, empruntant l’ampleur et la sophistication des plateaux de blockbusters américains, rompt délibérément avec la vocation traditionnelle de la photographie à saisir le réel tel qu’il s’impose à l’objectif. Ces images aux nuances monochromatiques complexes troublent ainsi la perception du spectateur et rendent toujours plus poreuse la frontière entre fiction et réalité.

GREGORY CREWDSON Pleasure Street, 2021-2022 Tirage numérique pigmentaire monté sur Dibond Digital pigment print mounted to Dibond 102 × 132 cm — 40 1/4× 52 in.

Pleasure Street

Détails

L’artiste

Né en 1962 à Brooklyn, Gregory Crewdson vit et travaille à New York. Figure majeure de la photographie américaine, il met en scène ses photographies comme des films avec acteurs, décors, accessoiristes, storyboards, maquilleurs. C’est une manière d’évoquer la face noire du rêve américain mais aussi ses propres drames psychologiques. Selon lui, seule la photographie reste toujours silencieuse. Il n’y a ni avant, ni après. Les événements qu’elle capture restent un mystère.

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