
Elizabethan Collar
Templon New York présente Elizabethan Collar, la première exposition de David Smalling à la galerie.

En convoquant le langage des maîtres anciens, sa peinture ausculte la façon dont les hiérarchies culturelles et les interdits modèlent l’identité. La toile devient une surface d’examen, un lieu où se révèlent les mécanismes discrets de la honte, du désir et du conformisme social.
Né en 1987 à Kingston, en Jamaïque, David Smalling vit et travaille à New York. Mathématicien de formation, diplômé de Yale University où il a également étudié à la Yale School of Art, il est titulaire d’un doctorat de Harvard. Dans la tradition du maniérisme et l’âge d’or hollandais, il observe comment les codes sociaux, notamment les normes de genre, orchestrent les comportements dans la société contemporaine. Il dépeint des scènes domestiques, mondaines ou encore cérémonielles avec une précision chirurgicale, dans lesquelles les tensions entre aspiration et contrainte, appartenance et retenue sont rendues visibles.
Ses tableaux ne citent pas seulement la tradition : les procédés de la peinture classique y sont patiemment reconstruits pour mieux être défaits et détournés. Le memento mori se transforme en dispositif critique, une scène où la bienséance héritée montre ses failles.
Réunissant exclusivement de nouvelles peintures sur panneaux de bois, Elizabethan collar emprunte son titre au collier élisabéthain, un dispositif vétérinaire surnommé « cône de la honte », empêchant l’animal de rouvrir ses plaies. Dans Cone of Shame, il symbolise le paradoxe du sentiment d’appartenance : un accès accordé à un espace prestigieux, mais au prix d’une restriction tacite de sa propre liberté.
David Smalling s’intéresse à cet instant précis et intermédiaire qui suit l’admission dans une sphère élitaire ou désirée, mais où l’autonomie n’est pas encore acquise. Tables dressées, plateaux d’argent et matelas de soie : ces objets composent un théâtre feutré où se négocie la place de chacun. Dans The American Bride ou encore Anniversary, la table et son festin prennent des allures d’autel sur lequel est sacrifié le malaise entre l’hôte et l’invité qui n’est jamais vraiment tout à fait chez lui. Avec Mouthpiece et Follicular, le regard quitte l’espace du rite partagé pour l’intimité du lit. Le matelas suggère le nu, la sexualité et la vulnérabilité, sans jamais les montrer. C’est une atmosphère d’intimité choisie, teintée d’ironie, dans laquelle l’artiste interroge la masculinité et le regard masculin intériorisé.
Des signes d’hétéronormativité traversent ces compositions. Perles, rouge à lèvres, rubans, porte-jarretelles suggèrent tous une présence féminine hors-champ, symboles non discrets d’une féminité reçue en héritage, davantage prescrite que choisie. En vis-à-vis, violons et cuivres convoquent les symboles lourds de la performance masculine, de la discipline et de la maîtrise. Mais ici, les instruments se déforment : ils gonflent, se plissent, se contractent comme soumis à une pression interne. Leurs torsions évoquent des corps, ou des identités, s’évertuant à endosser des rôles incompatibles.
Au cœur du luxe matériel, l’escargot agit comme un élément disruptif. Motif hérité de l’iconographie hollandaise, il répond à l’excès ostentatoire par une lenteur dérangeante et visqueuse. Sa coquille parfaitement géométrique contraste avec la mollesse de son corps. La trace humide qu’il laisse derrière lui n’est pas le résultat d’un seul souci de réalisme, elle marque aussi l’empreinte du temps qui passe, l’usure inexorable des choses. Au sein de compositions immaculées, l’animal agit comme un présage de décomposition rappelant que mêmes les façades les mieux polies finissent par se fissurer de l’intérieur.
Là où la tradition des Vanités inscrivait la mort dans un ordre moral stable, David Smalling montre des normes qui continuent de régir nos conduites alors qu’elles n’ont plus de raison d’être. Elizabethan Collar médite moins sur la finitude que sur ces rôles transmis qui ne correspondent plus aux existences réelles. Sous le vernis brillant et la lumière artificielle, l’artiste cherche une forme de vérité tapie derrière l’artifice, invitant chacun, surtout ceux qui évoluent avec aisance dans ces systèmes, à se reconnaître dans ce reflet.



Né en 1987 à Kingston, en Jamaïque, David Smalling vit et travaille à New York. Il a étudié les mathématiques à l'université de Yale, où il a également suivi une formation à la Yale School of Art, et est titulaire d'un doctorat de l'université de Harvard.
S'inspirant de la tradition du maniérisme et de l'âge d'or néerlandais, les peintures de Smalling examinent comment les codes sociaux contemporains et les normes de genre façonnent l'identité et le comportement. À travers des scènes domestiques et cérémonielles soigneusement construites, il explore les thèmes de l'appartenance, de l'aspiration et de la retenue, remettant en question les rôles dont nous héritons et que nous jouons.