
Le chant du pommier
Le peintre Jan Van Imschoot présente rue Beaubourg « Le chant du pommier », une série de 19 toiles inédites consacrée aux personnalités féminines françaises dont l’image, tour à tour mythifiée, instrumentalisée ou éclipsée, structure notre imaginaire.

Jeanne d’Arc, Brigitte Bardot, Sonia Delaunay, Olympe de Gouges, Simone Veil ou Louise Michel, bien plus qu’une simple galerie de portraits, ces œuvres interrogent, à travers la peinture, la fabrication des mythes et l’autorité du regard qui métamorphose des vies complexes en icônes.
Dans la continuité de ses portraits précédents, notamment celui d’Alice Guy, première réalisatrice de l’histoire du cinéma, l’artiste s’attache à revisiter des figures historiques dont la représentation s’est figée dans la mémoire collective. Il en déplace les contours, restitue leurs zones d’ombre et réaffirme leur singularité, loin des récits édulcorés ou instrumentalisés. Sous son pinceau, ces personnalités deviennent sujets à part entière, porteuses d’une histoire et d’une puissance propres.
La réflexion menée par Jan Van Imschoot s’ancre dans la figure de Jeanne d’Arc, longtemps réduite par l’Église à l’image d’une humble bergère. Pourtant, l’histoire raconte une autre réalité, moins misérable que la légende ne l’a voulu, avec maison en pierre, terres et dépendances. L’exposition s’ouvre ainsi avec Jehanne à travers le temps (2024), réinterprétation d’un portrait du peintre français Albert Lynch [1860-1950] réalisé à la Belle Époque. Jan Van Imschoot transpose la sainte guerrière hors de son décor d’origine, au bar des Folies-Bergère d’Édouard Manet. En contrebas, un groupe punk-rock électrise la foule, Jehanne devient contemporaine et traverse les époques. Sainte, héroïne militaire, icône féministe, chacun peut projeter sur elle son propre récit. Elle ne cesse de changer de visage, révélant moins ce qu’elle fut que ce que nous attendons d’elle.
À travers ces œuvres, c’est toute une histoire du regard qui affleure, celui qui façonne, condamne, idéalise, surveille. La guerre des yeux (2025), ensemble de quinze toiles de petit format, pousse plus loin l’exploration de cette surveillance symbolique. L’œil n’est plus seulement historique ou religieux, il est aussi numérique, celui des réseaux sociaux, omniprésent et voyeur. De cette visibilité permanente naît une nouvelle forme d’enfermement.
« Le chant du pommier » est ainsi, selon Jan Van Imschoot, « un véritable femmage aux figures fortes […] Les personnalités féminines qui traversent les siècles ne nous parviennent jamais intactes, le public s’en empare, projette sur elles ses attentes et ses interprétations, transformant des existences complexes en symboles ». Leur image lissée rassure et fascine, leurs failles, leurs contradictions et leurs désirs s’effacent derrière l’icône et la mémoire collective ne retient plus que la légende.
Cette traversée ne célèbre pas le mythe, elle en révèle les mécanismes et amène le spectateur à interroger son propre regard. Que choisissons-nous ainsi de voir, de retenir, d’effacer ?



Né à Gand en 1963, Jan Van Imschoot vit et travaille en France depuis 2013. Jan Van Imschoot explore les possibilités de la peinture, élaborant une œuvre à forte charge critique et dramatique avec de nombreuses références artistiques, du Tintoret à Luc Tuymans, en passant par Goya ou Matisse. Jan Van Imschoot installe ses personnages, décors et narrations dans les marges de l’Histoire, à coup de perspectives recomposées, de tons forcés, de corps en mouvement et d’un coup de pinceau qu’il qualifie d’ « anarcho-baroque ». Son travail explore les motifs de la liberté, de la censure et de la violence des systèmes politiques ou idéologiques.