
Point of Incidence
A partir du 21 mars 2026, Jitish Kallat revient à Templon Paris avec « POINT OF INCIDENCE », un nouvel ensemble d’oeuvres explorant notre relation à l’univers et la façon dont l’humanité a cherché à l’habiter et à le façonner.

« POINT OF INCIDENCE » se déploie autour d’un axe Terre-Lune, faisant dialoguer deux oeuvres majeures – Albedo (Point of Incidence) et Lunar Redux – avec un ensemble de toiles et sculptures satellites. Sans représenter directement ni la Terre ni la Lune, l’exposition esquisse un glissement de la matérialité planétaire vers la spéculation cosmique, là où se rencontrent pensée humaine, droit et imaginaire.
Le parcours débute avec Moon Treaty, une oeuvre sculpturale issue du Traité de l’ONU sur la Lune (1979), jamais ratifié, qui introduit des questions de responsabilité planétaire partagée et de droit extraterrestre. En déclarant la Lune comme « patrimoine commun de l’humanité », ce traité posait alors les bases d’une gouvernance commune. Son adoption limitée a révélé l’écart grandissant entre les principes internationaux et la réalité géopolitique à l’aube de l’exploration spatiale. Représentées sous forme de pages froissées, semblables à des globes, celles-ci apparaissent comme des pactes abandonnés, établissant ainsi la dimension éthique de l’exposition.
Lunar Redux se déploie ensuite comme une archive ouverte dans la salle principale de la galerie. Composée de 190 panneaux lenticulaires, l’oeuvre traduit le document déclassifié de la Guerre froide Project A119 – une proposition visant à faire exploser un engin nucléaire sur la Lune – en un champ d’instabilité visuelle. À mesure que les images et les textes apparaissent et disparaissent, les archives semblent caviardée puis dissoutes, transformant une spéculation méthodique en scintillement, rémanence et incertitude perceptive.
Plus loin, Albedo (Point of Incidence) opère un mouvement de retour vers l’intérieur. Ici, la peinture devient un processus proche du terraformage. Des couches de peinture routière à base d’eau, de pigments thermochromiques et de gesso réagissent à l’air, à la chaleur et au temps, produisant des surfaces qui évoquent l’érosion, la fonte et l’altération. Plutôt que de représenter directement la Terre, ces oeuvres incarnent ses conditions de transformation, capturant les flux planétaires et les traces de l’intervention humaine. Cette série interroge l’équilibre fragile des écosystèmes terrestres à travers une abstraction spéculative, nourrie par des intuitions liées à la lumière, à la température, à la réflexion et au renouvellement.
Le titre fait référence à « l’albédo », c’est-à-dire la capacité d’une surface à réfléchir la lumière plutôt qu’à l’absorber, un indicateur clé de l’évaluation du bilan énergétique de la planète qui retient aujourd’hui plus de chaleur qu’elle n’en libère. La blancheur diffuse des surfaces forme un atlas fragmenté des processus planétaires, évoquant la fonte des glaciers, les déluges, les sécheresses et les flux géologiques, tout en retraçant discrètement des cycles de dégradation et de régénération.
Le parcours se prolonge à l’étage inférieur, où Hexalemma (Earthling Chant) inscrit l’exposition dans une perspective sensible, reliant les visions cosmiques et les systèmes abstraits à l’expérience humaine. Un assemblage d’images, tirées des notes de recherche de l’artiste et de références d’atelier, s’entrelace avec un message interstellaire codé, incarnant une adresse planétaire envoyée depuis un monde divisé. Un arbre phylogénétique abstrait, habituellement symbole d’évolution et de filiation, est pris dans une bourrasque invisible ; sa logique de descendance, habituellement linéaire, s’en trouvant bouleversée. Des fleurs striées, des cavités d’explosions nucléaires et des mains modelant la terre convergent avec des visions de bouleversements planétaires, évoquant la précarité, la mutation et le paradoxe à travers un prisme cosmique.
La composition est imprégnée d’une teinte chaude, patinée par le temps, connue sous le nom de « cosmic latte », terme utilisé par les astronomes pour décrire la couleur moyenne de la lumière émise par l’univers observable. Des symboles découpés, dérivés de « Cosmic Call », un message interstellaire transmis depuis le radiotélescope de Yevpatoria en Ukraine, perforent la surface, reflétant à la fois l’élan de l’humanité vers la connexion et sa capacité d’autodestruction. À travers des échelles de temps et d’espace changeantes, Jitish Kallat invite à réfléchir à l’empreinte de l’humanité sur la Terre et à ses aspirations au-delà.



Né à 1974 à Mumbai, Jitish Kallat est l’un des artistes indiens les plus prometteurs de sa génération. Imprégnée de références autobiographiques, politiques et artistiques, l’œuvre de Jitish Kallat compose une chronique du cycle de la vie dans une Inde en mutation rapide. Connectant sociologie, biologie et archéologie, l’artiste porte un regard ironique et poétique sur les rapports transformés de la nature et de la culture.