
Signs and Wonders
Abdelkader Benchamma est de retour ce printemps pour sa quatrième exposition personnelle à la galerie Templon avec Signs and Wonders.
Jouant subtilement des effets d’échelle et de paréidolie, ses oeuvres transforment les surfaces en de véritables espaces de résonance où se déploient flux, figures, turbulences, mondes cosmiques et paysages mentaux.

Longtemps dominé par le noir et blanc et par des installations éphémères, son travail accorde désormais une place importante à la couleur, déployée dans des formats inédits, entre fresque et tableau. Abdelkader Benchamma y développe un langage fondé sur un dessin nerveux et hypnotique, nourri d’influences littéraires, ethnologiques et ésotériques, qu’il puise dans un vaste corpus de récits et d’images qu’il collecte, archive et enrichit depuis plusieurs années. Ces représentations, très diverses, alimentent le travail de l’artiste et semblent se situer à la lisière du monde connu, cet espace mouvant entre science et magie, comme un atlas insaisissable des mondes invisibles.
Les oeuvres exposées prennent ainsi leur source dans deux ouvrages de référence chers à l’artiste. Le Kitab al-Bulhan [Les merveilles des choses créées et les curiosités des choses existantes], plus communément appelé Le Livre des merveilles, manuscrit arabe des XIVe et XVe siècles, provenant de la Mésopotamie médiévale et qui aurait été écrit par Abd Al-Hassan AL-ISFAHANI. Dans ces enluminures singulières, l’étude des astres côtoie talismans magiques, constructions humaines dites « merveilles » et descriptions de djinns — entités invisibles faites de fumée, apparentées à des esprits susceptibles d’apparaître dans nos rêves. Des siècles avant l’apparition des premiers atlas scientifiques européens, le Kitab al-Bulhan fascine par sa puissance poétique, faisant coexister le monde visible et l’invisible au sein d’enluminures demeurées énigmatiques, donnant l’impression d’un réel toujours fuyant, impossible à saisir pleinement.
Dans un registre différent, les gravures allemandes du XVIe siècle issues du Book of Miracles [Livre des miracles], continuent de fasciner l’artiste. Ce manuscrit anonyme, relatant des phénomènes surnaturels, mêle récits bibliques, folklore et visions apocalyptiques. Dans ces pages à la modernité troublante, la relation entre le monde céleste et le monde terrestre apparaît profondément conflictuelle : les phénomènes mis en scène dans ces gravures se transforment alors en objets ou événements annonciateurs d’apocalypses et porteurs de menaces pour l’humanité. L’inconnu redevient inquiétant, ravivant la crainte de ce qui échappe à la compréhension humaine.
L’artiste met en relation ces craintes célestes avec des récits plus contemporains qui s’en font étrangement l’écho, comme les auditions du Congrès américain alertant sur une possible menace extraterrestre2. Les croyances traversent ainsi les siècles, s’adaptant aux technologies de leur temps tout en rejouant les mêmes peurs millénaires.
Avec Signs and Wonders, pensée comme les pages d’un grand manuscrit, Abdelkader Benchamma transforme ainsi la galerie en un espace intermédiaire, organisme fertile en perpétuel mouvement, traversé de passages vers d’autres mondes, oscillant entre inquiétude et désir de réenchantement. Les enluminures, porteuses de mémoire, s’extraient de leurs cadres pour envahir, contaminer et redéfinir l’espace : des pages où certaines étoiles scintillantes seraient devenues des drones errants ou des OVNI, et où, par miracle, le culte des arbres et des pierres existerait toujours.
Cette exposition s’inscrit dans un moment charnière du parcours de l’artiste. En septembre 2026, Abdelkader Benchamma rejoindra la Villa Albertine à New York pour une résidence durant laquelle il explorera notamment les archives de l’American Society for Psychical Research (ASPR). Ce fonds exceptionnel, dédié aux phénomènes parapsychologiques, prolongera sa recherche sur l’invisible et ses représentations.
L’exposition coïncide également avec l’inauguration à l’hiver prochain de la gare Mairie-de-Vitry-sur-Seine du Grand Paris Express, qu’Abdelkader Benchamma a transformée en une grotte monumentale, recouverte de fresques faisant écho à ses mondes archaïques et poétiques.


Né en 1975 à Mazamet (France), Abdelkader Benchamma vit et travaille à Paris et Montpellier.
Diplômé des Beaux-Arts de Montpellier et de l’École des Beaux-Arts de Paris, il a choisi le dessin comme medium de prédilection.
Nourris de littérature, de philosophie et d’astrophysique, ses installations dessinées remettent continuellement en question les lieux d’expositions, devenant, pour reprendre ses mots, des « espaces de résonance », propices à la convocation de mémoires, autant individuelles que collectives, géologiques que spirituelles.
Ses vastes fresques éphémères sont réalisées directement à l’encre sur les murs, transformant les architectures en un ailleurs, un monde de flux et de paysages mentaux, entre le reconnaissable et l’indiscernable, à la frontière entre le physique et le symbolique. Réflexion sur les ressorts de la perception, ses œuvres explorent nos systèmes de connaissance, la survivance des mythes et des croyances, mais aussi les réminiscences, persistances rétiniennes ou neuronales que ce soit sur les murs des musées ou sur des feuilles de papier.