Alioune Diagne

Tukki

Pour la première fois chez Templon Bruxelles, le peintre franco-sénégalais Alioune Diagne dévoile à travers l’exposition «Tukki», une vingtaine de tableaux autour de la notion de voyage, de mouvance et de déplacement.

Vue d’exposition, Tukki, TEMPLON Bruxelles, 2024
Vue d’exposition, Tukki, TEMPLON Bruxelles, 2024

Composée d’une image figurative créée à partir d’un nombre infini de motifs, l’oeuvre de Diagne interpelle par sa complexité et le dynamisme de ses scènes qui dépeignent le quotidien de la communauté noire et de la diaspora africaine à travers le monde.

L’exposition se déploie à travers une palette chatoyante : le vert citron côtoie l’indigo et l’aigue marine et le jaune canari dans une explosion de couleurs vives. Dans cette série, les toiles flirtent plus que jamais avec l’abstraction. De prime abord, l’oeil se perd dans l’infinité de signes qui compose la toile et dont aucun n’est identique. Mais c’est en s’éloignant que les toiles se livrent dans des scènes locales prises sur le vif.

L’une dépeint une scène de marché tandis qu’une autre montre un regroupement matinal sur la place publique. Sous une apparence de légèreté, ces scènes sont pourtant l’occasion pour l’artiste de s’interroger sur l’ambivalence du « tukki », du voyage en Afrique, rappelant ainsi l’expérience de son père qui, en quête d’un nouveau travail, se trouvait contraint, aux côtés de ses pairs, au long et lointain déplacement.

En repoussant les codes de la peinture figurative, Diagne se place ici en fin observateur de nos sociétés occidentales et des communautés africaines. « Un européen à l’étranger est qualifié d’expatrié » explique l’artiste, « tandis que la diaspora africaine, les ‘modu modu’, est davantage qualifiée d’‘immigrée’. C’est une nuance de langage très subtile qui témoigne pourtant d’une différence sourde encore bien ancrée dans nos sociétés. »

Enrichie de ses propres voyages, l’oeuvre de Diagne vise cependant à valoriser la dignité de cette diaspora et communauté africaine dans laquelle il a grandit. « A travers cette peinture du quotidien, je cherche à rendre à la communauté noire la gloire qui lui est due. Ce ne sont pas des personnages en souffrance que je dépeins mais bien un peuple dans toute sa beauté et toute sa puissance».

Les New Yorkaises, 2022

Détails

L’artiste

Né en 1985 à Kaffrine au Sénégal, Alioune Diagne vit et travaille entre le Sénégal et la France. Formé aux Beaux-Arts de Dakar, il se distingue immédiatement en fondant en 2013 un mode d’expression unique : le « figuro-abstro ». Composée d’une image figurative créée à partir d’un nombre infini d’infimes éléments uniques, l’œuvre de Diagne interpelle par sa complexité et le dynamisme de ses scènes qui dépeignent le quotidien de la communauté noire et de la diaspora africaine à travers le monde. Inspirée par la philosophie de la calligraphie, le « figuro-abstro » raconte à l’instar de cet art scriptural mystérieux, une écriture imaginaire, un langage universel et le récit intime de fragments de la vie personnelle de l’artiste à Dakar et lors de ses voyages. Artiste engagé, il pose ainsi, à 38 ans, les jalons de réflexions profondes sur les enjeux d’actualité :  l’écologie, la place des femmes dans la société, le racisme et la notion de transmission ou d’héritage.
En avril 2024, il aura l’honneur de représenter le pavillon sénégalais lors de la 60ème Exposition d’Art Internationale – La Biennale di Venezia.

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