Oda Jaune

Miss Understand

Pour sa première exposition personnelle aux États-Unis, la rare et troublante Oda Jaune dévoile à New York une exposition interpellante. « Miss Understand » offre une série de près de 25 huiles sur toile inédites proposant une perception singulière de la femme à notre époque.

« I was always moved by all that cannot be told by words, to me words ends when painting begins… art goes further »
Oda Jaune, 2024

DOSSIER

Vue d’exposition, Miss Understand, TEMPLON New York, 2024
Vue d’exposition, Miss Understand, TEMPLON New York, 2024

D’origine Bulgare et formée en Allemagne, Oda Jaune compte depuis près de 15 ans parmi les figures les plus intrigantes de la scène artistique européenne avec une œuvre singulière affranchie de toute convention picturale. Poétique, sensuelle, sa peinture enflamme les conversations. Elle explore sans inhibition la profondeur et complexité de la féminité aujourd’hui.

Cette nouvelle exposition s’articule autour d’une spectaculaire toile de 5 mètres de long par 2 mètres de hauteur. L’œuvre envoûte et met au défi. Flottant dans un paysage charnel,  un nouveau-né est bercé dans une étreinte chaleureuse au sein de formes ailées aux courbes douces. Il nous rappelle tout être unique que nous sommes émergeons de l’utérus, que la vie vient de là. A côté, un œil unique, niché au cœur d’une composition fœtale, sécrète de tendres larmes – une fenêtre intime sur les sacrifices consentis pour devenir Mère. Tout comme les souvenirs de ce rite de passage non-linéaires, cette intrigante énigme dévoile peu à peu une ode à la maternité aussi poignante qu’étonnante.

Le parcours se déroule ensuite en une constellation d’acquarelles moyens et petits formats. Le premier étage de la galerie parle du féminin dans toute sa complexité. Oda Jaune brandit un miroir déformé, présentant des potentiels inexplorés dans la façon dont le féminin est perçu – historiquement et aujourd’hui.

Ève représentée comme une enfant innocente, tenant une pomme à la main, est perchée sur un arbre « anatomique » aux branches doucement courbées. Barbie qui, loin d’être immuable dans son expression, sa posture et son âge, représente la métamorphose de la jeune fille à la vieille dame,  de la peau lisse à ridée à mesure que nos yeux descendent sur la toile. Ou encore le corps d’une femme dans la fleur de l’âge surmonté d’une tête de primate, un hommage discret aux Guerrilla Girls. Le thème de la transformation des identités se poursuit dans The It Girl – mi-femme, mi-iPhone, suggèrant que nos téléphones deviennent une extension artificielle de nous-mêmes, à la fois anatomiquement et métaphoriquement. La lumière bleue et froide qui l’entoure révèle un extraversion sur les réseaux sociaux qui masque souvent nos insécurités. Plus loin, une autre femme se tient puissamment immobile, endurant les flammes qui tentent de la dévorer.

Derrière une technique complexe et singulière, ces corps hybrides en état de métamorphose posent question. L’exposition ouvre un dialogue autour des polarités qui divisent la société aujourd’hui, comme le bien et le mal, les jeunes et personnes âgées, l’authentique et le faux, l’innocent et le coupable, la lumière et l’ombre, l’apprivoisement et le « mangeur d’hommes ».

M like Mother, 2023

Détails

En bas, le visiteur est immergé dans le royaume minimaliste et utérin de « Miss Understood ». Sa chaise, sa télévision, son lit, son réfrigérateur et son tapis sont tous moelleux. De minuscules peintures représentant des yeux vigilants sont placées autour de son lit, créant des fenêtres sur des âmes qu’elle a peut-être connues dans une vie antérieure ou qu’elle aurait aimé connaître dans une autre. L’artiste explique :

« J’ai toujours été émue par tout ce qui ne peut être raconté par des mots, pour moi, quand les mots finissent, la peinture commence… l’art va bien plus loin. Nous n’avons pas besoin de tout comprendre, mais nous ne devons pas cesser de ressentir, car c’est une façon d’approfondir notre compréhension. Je pense qu’il est temps que nous nous éloignions de toutes les classifications, idées préconçues et stigmatisations dont sont victimes les femmes. Je pense qu’il est temps d’élargir notre compréhension. »

L’artiste

Née en 1979 à Sofia en Bulgarie, Oda Jaune vit et travaille à Londres. L’artiste développe à travers sa peinture et ses aquarelles un univers tourmenté et plein de poésie. Entremêlant visions tendres, naïves, violentes, parfois érotiques et drôles, elle explore sans concession un inconscient affranchi des conventions. Ses tableaux dérangent et mettent le spectateur dans une position d’abandon où l’inhibition n’est pas de mise.

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