Léonard Martin

Suite Zabriskie

L’artiste multimédia Léonard Martin rejoint en ce début d’année la galerie Templon, qui dévoile pour l’événement une exposition personnelle d’œuvres inédites, le fruit d’un dialogue entre peinture et cinéma engagé lors de sa résidence à la Villa Médicis en 2019.

Léonard Martin, Suite Zabriskie, TEMPLON Paris, 2024

« Une esthétique fragmentée mettant notre regard à rude épreuve. Point de repos ici ; nous sommes dans le tourbillon de l’histoire et de la mémoire »
Extrait de l’article « Explosion fixe » de Stéphanie Dulout dans Acumen.

ARTICLE

Tour à tour peintre, vidéaste, sculpteur, il s’attache à construire des ponts entre les époques et les formes et enchante la scène artistique française dès la fin de ses études aux Beaux-Arts de Paris en 2015. Il créé à partir de dessins et de papiers, de précieuses sculptures qu’il anime quelques fois au moyen du « stop-motion », d’un moteur ou encore, plus tard, grâce à la vidéo. Empruntant largement ses thèmes à la littérature ou à l’histoire de l’art, il matérialise les déambulations des personnages du romancier et poète irlandais James Joyce avec des personnages en bois sur rail et se sert des cavaliers du peintre italien Paolo Uccello comme prétexte à la création d’une œuvre interactive. Parfois, il fait une pause dans sa construction de marionnettes et automates et fige en peinture le théâtre d’objets de son atelier. Jouant manifestement de la perspective, des étiquettes culturelles, « peinture », « sculptures » notamment, il provoque dans ses saynètes un dialogue entre médiums et époques.

Dans « Suite Zabriskie », cette nouvelle série de peintures invente une suite possible à la scène finale de « Zabriskie Point » (1970), le célèbre film de Michelangelo Antonioni. Le film s’achève sur l’explosion finale d’une luxueuse villa qui provoque un nuage d’objets en suspension dans le ciel sur la musique des Pink Floyd. Ici, ses toiles déroulent un paysage d’objets qu’il serait difficile de qualifier de « nature morte » tant leur représentation dans l’espace échappe aux codes du genre pour se rapprocher d’une scénographie de théâtre ou d’une cartographie mentale.

Si le film d’Antonioni s’attaquait à la société de son époque : la consommation, les violences policières, le système conservateur ; des questions toujours en suspens aujourd’hui, d’autres viennent s’y ajouter comme la dimension écologique et la préservation du vivant.

« Regarder l’explosion d’objets de « Zabriskie Point », c’est s’interroger sur les retombées et le sillage que laisse l’histoire d’une génération sur la suivante. » explique Léonard Martin.

« Ces objets, je les saisis au vol. Là où le film s’interrompt comme un point de non-retour, mes peintures imaginent des suites possibles. Quels chemins se frayer dans les rêves abandonnés de nos aînés ? ».

A l’image des emaki, ces rouleaux enluminés chinois, japonais ou coréens qui préfigurent le cinéma, la perspective plongeante des peintures de Martin empêche le regard de se figer. S’il n’y a pas de point de fuite dans ses peintures, c’est pour multiplier les lectures et relancer le mouvement. L’aplat coloré en trame de fond accueille les objets comme des signes sur une page d’écriture. L’histoire est sans cesse à réécrire. La saturation de signes qui couvre la surface des tableaux évoque ce flux constant d’images, de textes et de sons qui occupent désormais notre quotidien et brouille parfois notre vision. Pour Martin, « peindre permet peut-être de faire tomber les images, de faire pleuvoir ce « cloud » qui pèse au-dessus de nos têtes. »

C’est donc bien une suite, au sens littéral et musical, que forme cet ensemble de peintures. Suite possible à une image manquante du film (la chute après l’élévation des objets), aux angles morts d’une époque (l’impact écologique et social des Trentes Glorieuses), à la persistance des luttes (crimes policiers, conservatisme, hubris du progrès). L’artiste s’interroge : « comment recoller les morceaux d’une histoire ? Vers où porter le regard et tendre l’oreille ? Mes peintures ne font pas le point. Elles tracent des lignes, d’une mémoire à l’autre et cherchent à repeupler ce désert que survolent les amants d’Antonioni. »

Enfin, discret clin d’œil à la richesse de l’histoire picturale de la Belgique, la série d’huiles sur toile « Quodiblet » rend hommage à l’œuvre des grands maîtres de la peinture flamande. Ces six petites saynètes en trompe-l’oeil combinent à leur surface quelques personnages aux silhouettes fluettes, des memorabilis et autres objets anachroniques de couleurs vives – paire de ciseaux en plastique ou ruban adhésif « fragile » -, aléatoirement parsemés sur la toile.

Danse Zabriskie V, 2023

Détails

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L’artiste

Né en 1991 à Paris, Léonard Martin vit et travaille actuellement dans la capitale française. Dès la fin de ses études aux Beaux-Arts de Paris en 2015, il enchante la scène artistique française par son travail mêlant peinture, cinéma d’animation, film de marionnettes et sculpture mécanique.
Pensionnaire à l’Académie de France à Rome – Villa Médicis en 2018-2019, il créé à partir de dessins et de papiers, de précieuses sculptures qu'il anime au moyen du « stop-motion », d'un moteur ou encore, plus tard, grâce à la vidéo. Parfois, il fait une pause dans sa construction de marionnettes et automates et fige en peinture le théâtre d'objets de son atelier. Empruntant largement ses thèmes à la littérature ou à l'histoire de l'art, il matérialise par exemple les déambulations des personnages du romancier et poète irlandais James Joyce avec des personnages en bois sur rail et se sert des cavaliers du peintre italien Paolo Uccello comme prétexte à la création d'une œuvre interactive. Martin joue manifestement de la perspective, des étiquettes culturelles, « peinture », « sculptures », notamment pour provoquer dans ses saynètes un dialogue entre médiums et époques.

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